Une boite à chaussures pas comme les autres [04.09.2006 - 16:41]
Quoi de plus logique que de commencer cette nouvelle saison des Trophées MacGeneration par un entretien avec l’un des gagnants de l’édition précédente. Matthieu Kopp, fondateur de la société Aquafadas à qui l’on doit iDive, a bien voulu répondre à nos questions. Lors de cet entretien, il est question de la WWDC, de Core Animation, de l’évolution d’iDive ces derniers mois et bien d’autres choses encore !
Vous avez fait le déplacement à San Francisco pour la Conférence Mondiale des Développeurs. Que vous inspirent les différentes annonces et nouvelles orientations données à notre plate-forme ?
Apple veut, semble-t-il, mettre l’accent sur le “Wow factor”, c’est-à-dire, permettre la création d’applications à l’ergonomie et au “look” extrêmement soignés… afin d’attirer l’attention sur notre plateforme. La technologie CoreAnimation mais également d’autres composants ou améliorations du système permettent au développeur de passer moins de temps à créer des effets soignés ou des éléments d’interface qui sont longs à mettre au point. La boîte à outils s’est donc enrichie de nouveaux composants qui sont les bienvenus.
Je ne saurai parler de nouvelles orientations… il me semble que beaucoup d’annonces vont dans le sens de l’élan donné avec les versions précédentes… Tiger en particulier.
Il y a de bonnes idées… mais il faudra voir à l’usage comment des technologies comme Time Machine, par exemple, vont s’intégrer (ou pas) dans notre façon de travailler.
Quelle est la nouveauté qui vous a le plus impressionnée ?
Core animation… mais j’ai un point de vue de développeur (et non pas d’utilisateur) quand je donne cette réponse. Je vois les possibilités… et en particulier un moyen assez élégant de résoudre un problème d’architecture posé par un gros projet sur lequel nous travaillons. Je suis donc assez impatient d’ouvrir le moteur pour voir ce qu’il y a vraiment dedans.
Ce lundi 7 août, Steve Jobs a bouclé la grande bascule vers Intel. Il y a quelques années, c’était le passage vers OS X. N’êtes-vous pas lassé par cette succession de ruptures ?
Nous ne sommes pas très vieux
et n’avons eu à subir qu’une seule transition qui s’est bouclée en quelques heures de travail (sans compter les tests).
Ce qui me pose davantage problème, à chaque nouvelle annonce, c’est comment gérer les périodes transitoires. Comment donner aux utilisateurs de Leopard le “look and feel” qu’ils attendent de nos logiciels sur cette plateforme sans délaisser notre base installée d’utilisateurs sur Tiger.
C’est un exercice difficile surtout quand les nouveautés se situent au niveau de l’interface utilisateur et de la couche graphique. Il faut donc arriver à structurer l’application pour qu’elle utilise au mieux les possibilités offertes.
C’est vraiment le point le plus délicat à mon sens.
Au-delà du Keynote et des différentes conférences « magistrales », la WWDC se veut un forum de discussion réunissant développeurs et ingénieurs d’Apple. Vos contacts avec les hommes à la Pomme ont-ils été fructueux ?
En général oui. Nous étions bien préparés avec des questions, des bouts de code problématiques à montrer, etc. Mais il n’est pas toujours facile de trouver l’ingénieur compétent sur un problème précis.
Plus généralement, êtes-vous satisfait du support d’Apple pendant le reste de l’année ?
Sur certains aspects, nous sommes vraiment très impressionnés. En revanche, il nous est arrivé d’avoir du mal à voir un incident réglé de façon efficace. Mais dans l’ensemble, je trouve que le support est bon.
Quid également de vos entretiens avec les autres développeurs présents à la WWDC ?
Le problème de la WWDC, c’est le grand nombre de participants (plusieurs milliers). J’ai trouvé que les possibilités d’interaction dans des conférences plus petites (O’Reilly MAC OS X Conférence) étaient meilleures. Il est bon de connaître quelques visages pour pouvoir facilement s’intégrer dans des discussions.
Ensuite, il y a le caractère assez intensif de l’évènement: les sessions se succèdent à bon rythme… il faut souvent faire des choix, car on aimerait assister à plusieurs sessions en même temps (autre avantage d’être à plusieurs)… et il reste finalement assez peu de temps pour échanger.
Un autre aspect assez important, et qui est frappant lorsqu’on vient dans une conférence comme celle-là, c’est l’hétérogénéité du public. On s’imagine que chaque participant est un développeur Cocoa avec lequel on va pouvoir parler… mais en fait, bon nombre de participants sont des administrateurs systèmes, ou des membres d’universités qui même s’ils sont développeurs, ont des préoccupations souvent très différentes. Ils seront plus intéressés par les possibilités de Mac OS X Server, par les scripts, Automator, etc. C’est aussi ce qui fait la richesse des rencontres.
À noter, l’excellent travail d’animation de Michel Sutter (Apple France) qui proposait aux développeurs français de se retrouver pour le petit-déjeuner dans un petit café typique, et qui a grandement facilité la mise en relation de personnes. Un super boulot, comme d’habitude.
Aquafadas, votre jeune société, est établie à Montpellier. C’est en France, bien loin de la Silicon Valley. Est-ce un handicap pour votre activité ?
Non, pas vraiment. En tout cas, nous n’en souffrons pas au niveau technologique. Nous avons la chance à Montpellier de bénéficier de structures d’aides aux jeunes entreprises innovantes (Pépinière Cap Omega, encadrement) très performantes et bien adaptées au décollage de start-up. D’autres régions font de même.
Le problème, c’est peut-être la difficulté à recruter des jeunes gens qui sont prêts à se lancer dans l’aventure du développement sur Mac, et qui ont, en plus de la passion pour la plateforme, des bonnes compétences en design/développement/ et un goût pour le risque. Ce genre de tempérament se trouve plus facilement dans la Silicon Valley.
Je profite d’ailleurs de la tribune qui m’est offerte pour lancer un appel à des développeurs juniors et seniors… car nous avons des besoins dans les mois à venir. Nous mettrons des annonces en ligne sur notre site.
Parlons maintenant d’iDive. Lors de la dernière Apple Expo, votre logiciel vedette a été récompensé par un trophée MacGeneration. Que s’est-il passé ces derniers mois ?
Nous avons beaucoup travaillé sur iDive et assemblons les éléments de la future version 2.0 qui verra de nombreuses nouveautés très attendues par nos usagers “grand public” et professionnels.
Parmi les nouveautés, nous avons passé pas mal de temps à repenser la visualisation des clips, nous avons réécrit le moteur de capture vidéo et travaillons au support d’un plus grand nombre de formats vidéo. L’interface verra aussi de grands changements en réponse à tous les souhaits exprimés par nos utilisateurs. Il y a bien d’autres changements, plus subtils, qui feront de cette version une évolution majeure.
Comment vous viennent les idées pour améliorer votre logiciel ? Restez-vous fidèle à une feuille de route définie préalablement ? Ou bien les progrès du développement résultent-ils plutôt de l’interaction avec les utilisateurs ?
L’interaction avec les utilisateurs est le moteur principal du développement. Nous avons bien sûr nos idées également, mais il est encore plus important de les valider avec les utilisateurs qui vont se les approprier et les rendre vraiment utilisables par leurs commentaires. Dans le domaine de la vidéo professionnelle en particulier, c’est l’utilisateur qui a le dernier mot, et c’est au contact de ces utilisateurs que nous souhaitons développer notre gamme future. Nous avons donc un carnet d’adresses que nous avons constitué au fil d’échanges par email (l’animation d’un groupe d’utilisateur est un gros consommateur de temps… il faut y penser si on désire se lancer dans l’édition de logiciels… et trouver le moyen via les forums, les blogs d’en alléger le poids) et que nous commençons à solliciter activement pour nos développements plus professionnels.
Il faut que l’outil soit le meilleur possible au niveau de ses fonctionnalités, de son ergonomie… et seuls les “vrais” utilisateurs peuvent nous donner ce feedback. Par contre, il est aussi important, commercialement, de rajouter ce soin particulier aux interfaces, et ces petites touches personnelles qui vont refaire sortir le programme du lot. C’est le “wow factor” que prône Apple…
Commercialement parlant précisément, tous ces efforts de développement sont-ils payants ?
Oui bien sûr…
Cependant, il faut savoir que les ventes ne sont pas seulement liées au développement. L’aspect commercial, les relations avec la presse, la prospection de nouveaux débouchés (monde de l’éducation, industrie,…) sont absolument cruciaux et constituent une activité à plein temps. On est souvent surpris, à l’époque où tout le monde nous paraît être connecté sur la toile, de voir qu’une grande partie de notre public potentiel ne nous connaît pas, et donc ne connaît pas le produit. Il faut donc savoir s’exposer dans les endroits où ces acheteurs potentiels recherchent leur info, et font leur choix. La découverte de ces règles du jeu et la mise en place de ces réseaux de distribution/communication/éducation (du consommateur) sont très importants et ont fait partie de notre apprentissage.
Quelques mots enfin sur vos éventuels autres projets ?
Nous travaillons à l’heure qu’il est (et pendant pas mal de nuits encore
à notre nouveau produit qui sera dévoilé lors de l’Apple Expo. Rendez-vous donc autour du 12 septembre pour en découvrir le nom et les fonctions. Je peux simplement dire qu’il est question d’une “orange”.
Nous sommes aussi très actifs en ce moment sur un très gros projet, encore plus secret, qui, je l’espère fera beaucoup parler de lui…. Et là, je ne peux rien dire de plus… même sous la torture








