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Mise à jour : 05/07/2008 - 10:48
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Christophe Laporte

Long flash sur Adobe [07.09.2006 - 11:48]

Enregistré sous : Interview par Christophe Laporte

C’est le rêve de tous les développeurs, de tous les éditeurs aussi, que d’arriver à imposer sa solution sur le marché. Rares sont les technologies comme Flash, qui ont su évoluer au fil des années et qui sont devenues à ce point incontournables. Comment cette technologie, qui fête ses dix ans cette année, en est-elle arrivée là ? C’est la question que nous avons posée à Robert Raiola, Directeur marketing d’Adobe Europe qui évoque également l’arrivée de Microsoft sur le marché de la création web ainsi que l’approche qu’Adobe a eue avec InDesign.

- Flash fête cette année son dixième anniversaire. Rares sont les ordinateurs qui n’en sont pas équipés de nos jours. Comment expliquez-vous un tel succès ?

- Il y a des choses qui ont favorisé la grande diffusion du lecteur Flash. Une chose toute bête par exemple : Windows XP est livré avec un tutoriel d’initiation qui a recours à Flash. Ce qui est intéressant, je trouve, c’est que l’histoire de Flash s’est notamment faite grâce aux utilisateurs. Ils ont utilisé Flash pour de nouveaux usages

- Avec la vidéo par exemple ?

Tout à fait. Aujourd’hui, Flash est le format de diffusion de vidéo qui progresse le plus vite sur Internet. Il est passé devant QuickTime et Real Networks et est numéro deux derrière Windows Media.

- Comment expliquez-vous que Flash réussit là où de nombreux acteurs se sont cassés les dents ?

Deux choses essentiellement : Flash permet de faire des vidéos pleine page et il est facile d’intégrer les vidéos Flash aux pages Web. Troisième raison, la plus importante à mon avis : Flash Vidéo permet d’ajouter de l’interaction. Cela répond à une tendance de fond. Les internautes ne souhaitent pas rester passifs derrière leur écran, ils veulent interagir. Avec Flash, vous pouvez ajouter de l’interaction dans une vidéo. Vous pouvez affecter des zones spéciales qui vont permettre d’aller à un autre endroit de la vidéo, de déclencher des informations, un changement de langue, et bien d’autres choses encore. Tout cela permet de bâtir des expériences utilisateur nettement plus riches qu’auparavant. Les autres solutions sur le marché s’étaient bornées à reproduire l’usage qu’on faisait de la vidéo avec la télévision. Regarder, rien de plus…

- Flash a eu des challengers, mais personne n’a réussi à mettre Flash en danger. Comment expliquez-vous cela ?

C’est un phénomène qu’on retrouve souvent dans l’industrie du logiciel. Il y a une vraie prime à l’innovation qui est donnée au premier entrant. Quelqu’un qui crée une technologie innovante qui se voit adoptée par le marché est très difficile à déloger de sa position de leader. Deux choses expliquent ce phénomène : les problèmes de compatibilité et surtout le problème de la courbe d’apprentissage des logiciels qui est longue. Quand on a investi dans un outil, il est très difficile d’arriver à décider de faire l’investissement pour en apprendre un autre quel que soit les qualités de l’autre logiciel.

Flash est un logiciel qui a une ergonomie particulière qui demande un certain investissement. Quand vous avez fait cet investissement, il est très difficile de tout laisser tomber pour passer à autre chose. C’est pour cela qu’il y a une grande fidélité dans l’univers du logiciel par rapport à un logiciel que l’on maîtrise. De plus, Flash est une technologie qui ne s’est pas reposée sur ses lauriers.

- Vous disiez précédemment que Flash devait également beaucoup à ses utilisateurs. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Oui, c’est une autre raison de succès. Un exemple : dans sa toute première version, il n’était pas prévu d’intégrer un langage de script à Flash. En fait, ce sont les commentaires d’un journaliste qui voyant la préversion a dit ” c’est dommage, ça serait bien de pouvoir mettre de l’interactivité, permettre un scripting…”. Suite à cette remarque, les développeurs ont rajouté cette possibilité juste avant le lancement de la version 1.0. Deuxième chose, c’est un format qui a été utilisé par les clients, très souvent de manière détournée et de façon originale. À l’issue de ces utilisations, on se rend compte qu’il y avait une demande tout à fait nouvelle et spécifique pour faire avancer le format ou pour faire avancer les outils. C’est pourquoi à mon avis il est très difficile de remplacer un format qui ne se repose pas sur ses lauriers et qui continue d’évoluer sans arrêt…

- Justement, vous n’êtes pas sans savoir que Microsoft lorgne sur ce marché. Comment préparez-vous l’arrivée de ce nouveau concurrent ?

Pour préparer l’arrivée de Microsoft sur ce terrain, nous misons sur l’innovation et la qualité de nos produits. Ce que j’appelle qualité, c’est la fiabilité. Microsoft est une énorme machine, mais c’est une machine qui en général vise à deux choses. Pour pouvoir fonctionner, elle vise d’énormes volumes, donc cela veut dire qu’elle peut difficilement se spécialiser par rapport à une cible très spécifique puisque chaque cible représente un petit volume. Elle cherche toujours à cibler plus large et, de ce fait, a du mal à bien répondre aux attentes de public très ciblé. Adobe, au contraire, s’est toujours concentré sur des publics très spécifiques et pointus comme les créatifs. De ce fait, nous ne cherchons pas forcément à élargir sans arrêt le nombre d’utilisateurs, mais à faire le meilleur produit par rapport à cette cible très spécifique que sont les créatifs professionnels. Çeci est une première différence. De plus, Microsoft est une société très innovante, mais qui n’est pas reconnue pour l’excellence qualitative en terme de fonctionnalités et de fiabilité de ses logiciels. Ils y arrivent avec le temps, avec la durée, le nombre de versions… Il est très difficile de citer une technologie de Microsoft qui est excellente et fiable dès la première version, ou la seconde (et pourtant, ils en ont beaucoup).

L’autre différence, c’est que Microsoft très souvent fait des logiciels afin d’en vendre d’autres. C’est la notion de proposer des logiciels qui vont permettre de pérenniser leur mainmise sur le système. Quand ils vont proposer un logiciel pour créer des animations, c’est un logiciel qui va reposer sur les technologies de Windows Vista. Leur intérêt, ce n’est pas de montrer que cela marche aussi bien sous Windows XP ou encore sous Mac. Au contraire, nous avons tout à intérêt à ce que cela marche sur le plus de plates-formes possible. Vous voyez bien que nous avons deux intérêts totalement divergents. Microsoft a intérêt à ce que ça marche beaucoup mieux sous Vista qu’autre chose. De notre côté, nous avons a intérêt à ce que cela marche très bien partout. Nous avons toutes les raisons d’être sereins face à Microsoft si nous continuons bien à faire ce que nous savons faire. Il n’y a pas de raisons que nos clients se détournent vers les produits de Microsoft.

- Quelle a été la réaction dans le milieu des arts graphiques ?

Il y a un très grand scepticisme par rapport à l’approche Microsoft. Il n’y a pas d’attente particulière. L’opportunité pour Microsoft est plus sur de nouveaux clients. Les clients dans de grandes entreprises qui font du développement, qui ne sont pas des créatifs, mais qui aspirent à être plus créatifs qu’ils ne le sont aujourd’hui. Ils font le développement et passent la main aux équipes de design. Quelque part, on peut concevoir que certains d’entre eux soient frustrés par ça. Microsoft joue cette carte-là en disant : « Mais pourquoi vous passez la main à des gens qui ne connaissent rien au développement, qui ne comprennent rien à l’informatique, vous êtes tout à fait capable vous de rajouter la couche d’interface ».

Ils n’essaient pas d’adresser nos clients d’aujourd’hui. Ils essaient plutôt de dire aux gens qui ne font pas du design “ne vous associez pas aux designers pour faire ces choses-là. On va vous donner les outils qui vont vous permettre de le faire”. Ils approchent leur marché par leur point de force qui est la relation avec les développeurs.

- Lorsque vous aviez lancé InDesign, vous étiez en quelque sorte dans la position de Microsoft. Quand on commence de zéro ou presque, comment aborde-t-on un tel marché ?

Il y a une chose qui ne change pas. Nous sommes persuadés que pour pouvoir réussir sur la durée sur notre marché, il faut avoir le meilleur produit. Vous pouvez faire le meilleur marketing que vous voulez, avoir les meilleurs vendeurs du monde, un jour ou l’autre, le client se rend bien compte quel est le meilleur produit sur le marché. C’est peut-être moins important pour un produit bureautique, mais sur un produit que l’on peut considérer comme un outil de production, c’est fondamental.

Pour y arriver, nous pensons dès le départ qu’il va nous falloir avoir le meilleur logiciel sur le marché. D’autre part, si vous entrez dans un marché avec un produit juste meilleur, ce n’est pas suffisant pour convaincre un client de changer de produit. Il fallait arriver sur le marché avec un produit très nettement supérieur. Il faut une proposition de valeur qui soit significative. Notre approche, ça a été de mettre sur le marché dès le départ un produit nettement meilleur sur l’axe créatif.

On ne peut pas être meilleur sur tout par rapport à un logiciel qui est sur le marché depuis dix ans. Nous nous sommes demandés sur quels axes nous pouvions apporter vraiment quelque chose. Sur les aspects créatifs et typographiques, nous sommes arrivés avec un logiciel très nettement supérieur. La deuxième chose qui est claire dès le départ, c’est que si vous vous lancez dans une bataille comme cela, c’est une bataille de longue haleine. On ne compte pas remporter le marché dès la version 1 ou 2. Il faut être capable de soutenir un effort de développement et d’investissement pendant une période d’au moins cinq ans.

- Justement, quel a été l’accueil des professionnels faits à InDesign ?

Au début, il y a eu une énorme curiosité de la part du marché, mais ensuite, il y a eu une lente adoption. Aujourd’hui, tous les chiffres montrent que par rapport aux nouveaux achats, on est passé devant Quark. Par contre, en terme de base installée, XPress est encore devant.


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